Second volet du retour aux sources, World Gone Wrong reprend des blues et des ballades traditionnelles. Blood in My Eyes, de Willie Brown, lui vaut un Grammy.

Deuxième et dernier volet du diptyque de reprises acoustiques entamé avec Good as I Been to You, World Gone Wrong prolonge la même démarche de dépouillement, mais avec un ton plus sombre, porté par des textes de blues traditionnels évoquant la misère, la trahison et la mort.
Les notes de pochette, rédigées par Dylan lui-même dans un style aussi dense et allusif que ses propres chansons, offrent un commentaire érudit et personnel sur chacun des titres retenus et sur les musiciens de blues et de folk auxquels il les emprunte — un geste rare chez un artiste peu enclin, habituellement, à commenter son propre travail. Le morceau-titre et Delia comptent parmi les interprétations les plus habitées du disque, portées par une voix rocailleuse qui semble avoir vieilli d'un demi-siècle depuis ses débuts.
L'album obtient un Grammy Award de la meilleure interprétation folk contemporaine, confirmant la reconnaissance critique progressive de cette démarche de dépouillement que beaucoup avaient d'abord pris pour un signe d'épuisement créatif plutôt que pour ce qu'elle était réellement : un ressourcement patient aux racines mêmes de son art.
Avec le recul, ce diptyque acoustique du début des années 1990 apparaît comme la période de gestation silencieuse de la renaissance créative qui va suivre : sans Good as I Been to You et World Gone Wrong, Time Out of Mind n'aurait sans doute pas eu le même son ni la même profondeur.
Enregistré seul en 1993. Le livret contient les commentaires de Dylan, redevenu exégète de la tradition qu'il a apprise à Dinkytown.