Premier des trois albums de la période d'électrification, Bringing It All Back Home sépare littéralement les deux mondes : une face électrique ouverte par Subterranean Homesick Blues, une face acoustique refermée par It's Alright, Ma.

La face électrique ouvre le disque comme une déclaration : Subterranean Homesick Blues, débit mitraillé sur un riff de blues rock, doit autant au talking blues de Woody Guthrie qu'au rock'n'roll de Chuck Berry, et son clip — Dylan égrenant des cartons de mots-clés dans une ruelle londonienne — invente à lui seul un genre que MTV redécouvrira vingt ans plus tard. La face acoustique, en miroir, referme le disque sur Mr. Tambourine Man et It's Alright, Ma (I'm Only Bleeding), deux textes fleuves où l'image surréaliste remplace définitivement le message politique explicite.
L'album partage son studio avec la production de Tom Wilson, déjà artisan du son électrique naissant de Dylan, et réunit pour la première fois un groupe de studio complet — dont le guitariste Bruce Langhorne, dont la grande tambourine servira, dit-on, de modèle au titre de Mr. Tambourine Man. Le disque déconcerte immédiatement la scène folk : au Newport Folk Festival de juillet 1965, quelques mois après sa sortie, Dylan jouera pour la première fois avec un groupe électrique, provoquant l'une des controverses les plus commentées de l'histoire du rock.
Musicalement, le disque doit énormément aux Beatles — Dylan avait été bouleversé par A Hard Day's Night — sans jamais sacrifier la densité verbale qui reste sa signature : It's Alright, Ma empile les aphorismes à un rythme qui ne laisse aucun répit à l'auditeur, dans ce qui reste l'un des textes les plus denses de tout son catalogue.
Bringing It All Back Home atteint la sixième place du Billboard, son meilleur classement à ce jour, et inaugure la période la plus fertile de la carrière de Dylan : en dix-sept mois à peine, il publiera trois albums qui redéfiniront ce qu'une chanson populaire peut porter comme ambition littéraire.
L'album est enregistré en trois jours au Studio A de Columbia, à New York, en janvier 1965. La face A réunit pour la première fois Dylan et un groupe électrique ; la face B le ramène à la guitare et à l'harmonica.
Tom Wilson produit l'ensemble. Le choix de couper le disque en deux — et non de fondre les deux esthétiques — tient lieu de manifeste : Dylan ne choisit pas encore entre les deux mondes.