Newport, la tournée avec le Hawks, trois albums en dix-sept mois, puis l'accident de moto qui interrompt tout. La période la plus dense et la plus documentée du site.
Le 25 juillet 1965, Dylan monte sur la scène du Newport Folk Festival avec un groupe électrique et joue trois morceaux. Ce qui s'est réellement passé dans le public reste discuté ; ce qui a changé ensuite ne l'est pas.
Les mois qui précèdent ont déjà tout annoncé. Bringing It All Back Home, sorti en mars, sépare littéralement les deux mondes : une face électrique, une face acoustique. Les critiques folk y lisent une concession commerciale. Dylan, lui, écrit à un rythme qui rend la question sans objet — Like a Rolling Stone est enregistrée six semaines avant Newport.
La tournée mondiale de 1966 avec le Hawks pousse le dispositif à sa limite : première partie acoustique en solo, seconde partie électrique à plein volume. Les sifflets deviennent un rituel. À Manchester, le 17 mai, un spectateur crie « Judas ! » depuis le parterre ; l'échange est capté par la bande et circulera pendant trente ans sous une mauvaise attribution géographique.
Blonde on Blonde, enregistré à Nashville entre février et mars 1966, ferme la parenthèse. Dylan y décrit un son de « mercure sauvage », obtenu avec des musiciens de studio qui n'avaient jamais travaillé de cette manière — sessions nocturnes, chansons écrites sur place, attente dans le studio pendant qu'il finit un texte.
Le 29 juillet 1966, l'accident de moto près de Woodstock interrompt tout. Il ne repartira pas en tournée avant 1974. La période s'arrête donc net, ce qui explique sa densité : trois albums majeurs en dix-sept mois, puis huit ans de retrait relatif.


