Arrivée à New York, les cafés de MacDougal Street, la rencontre avec Suze Rotolo et Joan Baez, et quatre albums qui installent Dylan comme voix d'une génération — rôle dont il commence déjà à s'éloigner.
À Greenwich Village, Dylan se fait une place dans les clubs de MacDougal Street, joue dans les lieux où l'on refait le monde, et se lie aux figures de la scène folk. La rencontre avec Suze Rotolo, dont la famille engagée lui ouvre une bibliothèque politique, marque la couleur des premiers textes. C'est elle qui figure, accrochée à son bras, sur la pochette de The Freewheelin' Bob Dylan.
Le premier album, Bob Dylan, sort en mars 1962 : treize titres, dont deux compositions seulement. Il se vend à quelques milliers d'exemplaires. C'est le deuxième disque qui change tout. The Freewheelin' Bob Dylan, en mai 1963, contient Blowin' in the Wind, A Hard Rain's A-Gonna Fall et Don't Think Twice, It's All Right — des chansons qui dépassent aussitôt la scène folk.
La renommée arrive vite, portée par Joan Baez et par Peter, Paul & Mary, dont la reprise de Blowin' in the Wind se classe dans les hit-parades. Dylan chante à la marche sur Washington en août 1963, peu avant le discours de Martin Luther King. On lui demande des commentaires sur tout ; on l'installe dans le rôle de porte-parole d'une génération.
Le rôle, il commence à le fuir dès l'automne 1963. Le 13 décembre, lors du dîner de l'Emergency Civil Liberties Committee, son discours de remerciement — où il évoque la solitude et se dit proche de la peur — provoque un froid. The Times They Are A-Changin', en janvier 1964, est encore une protest song frontale ; mais la rupture couve.
Another Side of Bob Dylan, en août 1964, acte le virage : des textes intimes, ironiques, et la formule devenue fameuse dans My Back Pages — « I was so much older then, I'm younger than that now ». La même année, la tournée anglaise le confronte à un public qui le traite en messie, et la rencontre avec les Beatles lui montre une autre manière de concevoir la chanson populaire.
Fin 1964, Dylan n'est plus le « chanteur de protestation » que la presse continue de décrire. Il écrit déjà la suite : un son électrique, une écriture à la première personne, et une distance nouvelle avec ceux qui veulent l'expliquer à sa place.



