Souvent tenu pour le sommet d'écriture de Dylan, Blood on the Tracks est un album de séparation : Tangled Up in Blue, Idiot Wind et Shelter from the Storm composent un journal amoureux d'une rare intensité.

Enregistré alors que son mariage avec Sara Lownds se défait, Blood on the Tracks est unanimement considéré comme l'un des sommets absolus de la discographie de Dylan — le disque où la rupture amoureuse rejoint, par la précision et la complexité de son écriture, l'ambition littéraire de la période 1965-1966, mais tournée cette fois vers l'intime plutôt que vers le politique ou le surréel.
L'album est enregistré en deux temps : une première version, plus dépouillée, à New York en septembre 1974, puis une reprise partielle de plusieurs titres à Minneapolis en décembre, sur les conseils de son frère David Zimmerman, qui juge la première mouture trop confidentielle pour le grand public. Tangled Up in Blue, ouverture du disque, déploie une narration à la chronologie éclatée, changeant de point de vue et de temps verbal au fil des couplets — une des constructions les plus sophistiquées de toute l'écriture de Dylan. Idiot Wind, torrent de rage et de vulnérabilité mêlées, alterne accusation et autocritique dans un mouvement rare chez lui.
Simple Twist of Fate et If You See Her, Say Hello déploient une mélancolie plus feutrée, tandis que Lily, Rosemary and the Jack of Hearts referme le disque sur un long récit à énigmes, mi-western mi-fable, qui tranche avec la nudité émotionnelle du reste de l'album.
Malgré des critiques mitigées à sa sortie — certains le jugeant trop douloureusement personnel —, Blood on the Tracks s'impose rapidement comme une référence absolue de l'écriture de la rupture amoureuse, revendiquée depuis par des générations d'auteurs-compositeurs comme un sommet indépassable du genre.
Enregistré d'abord à New York en septembre 1974, le disque est pour moitié réenregistré à Minneapolis en décembre, avec des musiciens locaux rassemblés à la hâte, après que Dylan l'a jugé trop lisse.
Le résultat mêle les deux sessions et impose un son direct, presque brut, qui sert la charge des textes.